Cycle méthodologique pour jeunes doctorants à l’EHESS : Ouf !

Co-directeur de Devenir chercheur, écrire une thèse en sciences sociales avec M. Hunsmann (préface de H. Becker, édition EHESS, collection Cas de figure) Sébastien Kapp co-organise avec Marie Glon, le séminaire « Aspects Concrets de la Thèse » qui à débuté en novembre dernier à l’EHESS.

C’est à cette occasion qu’il rappelle les nombreux paradoxes parsemant le parcours du thésard.

D’abord parce que ça peut vite ressembler à un laborieux exercice d’écriture, ensuite parce qu’il est très difficile de se représenter les objectifs professionnels sous-jacents.

« Les trois prochaines années seront le théâtre de nombreuses métamorphoses, que ce soit vous, votre sujet ou vos objectifs à plus long terme. ».

Oui, écrire une thèse est une expérience difficile, ambitieuse et pas forcément valorisante, source de souffrance, parfois de sacrifice … « un peu comme une opération de l’appendicite : ça fait mal, mais une fois l’appendice retiré, on se sent mieux ! » ose t’il.

Becker : Le thésard est un peu un Hobo …

Pour S. Kapp, ce qui manque à la thèse, c’est la visibilité de son périmètre. Et pour mieux illustrer les potentiels dérives qui pendent aux nez des thésards les plus fragiles, il fait le parallèle avec les Hobos, communautés de nomades américains, plus ou moins clochards, toxicomanes, et surtout SDF. (Howard Becker).

Tout comme les études à propos des communautés Hobos ont d’abord été des explorations de l’être faisant fi des causalités de son état, le regard porté sur le doctorant est souvent teinté d’une vision psychoclinicienne, dont le vocabulaire associé « trouble, malaise » (Pascal Haag : 25 % des individus en doctorat ont dépassé le seuil pathologique) révèle seulement de potentiels cas cliniques : c’est frustrant et très limité.

Becker a écrit un bouquin pour l’EHESS  : ce qui a l’air d’un problème personnel, relevant pratiquement de la nécessité du soin, doit être vu comme un trouble collectif et ainsi générer des échanges, des constructions rhizomatiques, qui viendront soutenir communément la vie doctorale.  Anderson, avec qui Becker a énormément travaillé, n’a pas décidé de s’intéresser aux causes théoriques qui amènent les Hobos à se désinvestir d’une certaine forme de vie sociale, mais il a tenu à décrire les mécanismes qui les installent progressivement dans ces champs nomadiques.

L’interview imaginaire de Sébastien Kapp

:: Peut-on parler de champ nomadique pour le doctorant ?
En tous les cas, nous nous devons, et peut-être par le biais de ce séminaire, de poser un regard naïf, neuf, sur l’environnement, sur l’écologie du doctorant.

 

:: Quels facteurs environnants provoquent ce phénomène de prise de distance avec le réel ?
Le doctorant est tiraillé entre de nombreuses forces, contraires, pris dans des liens, desquels il lui semble parfois impossible de s’extirper. Il en vient à se demander s’il est vraiment libre. Il faut dépasser ces questionnements et raisonnements perturbants qui ne permettent ni de comprendre les causes des faiblesses du doctorant, ni ses besoins. On doit s’intéresser à ses choix et ses non choix, tout au long de son parcours, pour comprendre les causes, les mécaniques qui mènent à l’échec.

Une approche décomplexée du travail de doctorant permet d’appliquer et faire évoluer les méthodes nécessaires à sa réussite. De ces expériences, les sociologues qui travaillent sur le sujet se doivent d’en tirer des analyses normatives, pour aider les générations suivantes. Si l’on considère que l’expérience de thèse est une expérience teintée d’une force collective, alors la sociologie qui se penche sur elle doit être normative pour que son analyse, son appréciation, puissent être bénéfique au plus grand nombre.
La thèse est de toute évidence un exercice difficile, au-delà de notre motivation première, l’écriture et la démonstration il existe une autre part, tout aussi importante et contraignante, d’autant plus qu’elle ne dépend pas de notre seule volonté.

:: Qu’est-ce qui, de la réalité, peut grever le travail du jeune doctorant ?
Toutes les démarches administratives, à anticiper, l’organisation de l’après thèse, ce qu’il faut parfois commencer à penser alors même que notre sujet nous échappe encore … Alors que ce qui compte avant tout, c’est de considérer l’environnement intellectuel, les sources des nourritures qui nous aideront à mettre en place les premiers fils de notre pensée. « Quelques mois avant ma soutenance je me suis plié à l’exercice difficile du résumé de mes crédits ECTS, c’est-à-dire comptabiliser froidement ma production scriptique. Faire la preuve que je suis chercheur… alors que je suis en train de préparer la soutenance qui me permettra de le devenir réellement. Ce sont les contraintes : produire des preuves de notre aptitude alors que nous sommes encore en train de les développer. »

:: Une attitude normative que l’on peut conseiller est : Résistance, organisation  ?
Résister aux lois, ne pas les rejeter, (car la contrainte est évidente) mais les comprendre pour mieux dès le départ les maîtriser. Résister, donc, à ces systèmes invasifs qui ne répondent qu’à un système économique.
Démystifier le doctorat.
Adopter l’angle pragmatique de la professionnalisation de la thèse. « Car après tout, c’est, pour la plupart d’entre vous, pour cela que vous êtes là ; très peu se lancent dans une thèse par besoin de reconnaissance personnelle ou amour de la recherche. »

:: Il ne faut pas oublier que certaines réalités ont été déformées.
Le terme Professionnalisation est à réinvestir par les doctorants, massivement. Teinté d’un champ négatif quand il est rattaché aux études, quelles qu’elles soient, écho d’une hiérarchie entre intellectuels et manuels … On oublie que la thèse est un diplôme et qu’une notion de professionnalisation doit lui être accordée, doit se développer. Pour certaines disciplines c’est même difficile de pouvoir faire ses preuves sans l’obtention de la thèse « je ne suis pas sûr  qu’un master en sciences humaines et sociales forme réellement à un métier ». Alors il faut s’armer. Et ne pas oublier que l’on fait partie d’une armée massive, qui peut être une communauté éclairante, et à éclairer.

LIENS UTILES :

Les  ECTS : Guide explicite par l’Office des publications officielles des Communautés européennes, 2009. © Communautés européennes, 2009.

Site du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche

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